21 mars 1884

Reconnaissance officielle des syndicats :
Sous l’impulsion du ministre de l’Intérieur René Waldeck-Rousseau, les députés votent une loi qui s’inscrit dans une dynamique de réglementation du travail et de la prise en compte des intérêts ouvriers. Ainsi, le Parlement Républicain instaure une certaine liberté syndicale et d’association professionnelle. La loi Le Chapelier s’efface donc devant une volonté d’asseoir les libertés républicaines.

De l’origine à la Charte d’Amiens

Par un lent processus, le rassemblement des travailleurs emprunte deux voies parallèles : l’organisation syndicale et la formation politique. Mais au sein de chacune d’elles les groupements sont nombreux, sans lien organique et souvent concurrents. C’est ainsi que vers la fin du siècle dernier le mouvement socialiste n’a pas encore trouvé le chemin de son unité et compte plusieurs écoles :

 
  Le Parti Ouvrier Français de Jules Guesde et Paul Lafargue, fortement imprégné des doctrines marxistes ;
  Le Parti Socialiste Révolutionnaire de Vaillant, fidèle à la tradition blanquiste de l’agitation permanente ;
  Le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire de Jean Allemane, proche de l’action syndicale et révolutionnaire ;
  La Fédération des Travailleurs Socialistes de Brousse, ancien disciple de Bakounine ;
  Des socialistes comme Jaurès et Millerand qui, sans adhérer à aucun des groupements précédents, manifestent leur
influence par l’action parlementaire.

Cette division n’est pas sans avoir des répercussions au sein des groupements syndicaux, à la recherche de leur propre unité organique, chaque fraction politique s’efforçant d’y introduire son influence. Alors se pose le problème des relations entre le syndical et le politique et de leurs rôles respectifs. C’est ainsi que pour Jules Guesde  » le syndicat était surtout utile pour préparer la révolution et l’on devait travailler à l’organiser, mais il n’était qu’un moyen, non un but « .

La thèse guesdiste de la subordination du syndical au politique est loin d’être partagée par tout le monde, à commencer par les principaux intéressés eux-mêmes.

Dans ces conditions, le syndicalisme français est fortement marqué, dès cette époque, par les confrontations souvent vives des diverses tendances. Les assemblées ne sont pas toujours des écoles de courtoisie et la lassitude gagne bien des fois les militants ; beaucoup désertent les syndicats qui se montrent trop perméables à l’action politique. C’est ainsi que Guérard, Secrétaire du Syndicat National des Travailleurs des Chemins de Fer, cite en 1896 l’exemple d’une Section syndicale qui, de ce fait, passa de 400 à 80 membres. 

Rendus à bon droit méfiants, les militants réunis en Congrès à Limoges du 23 au 28 septembre 1895 pour concrétiser l’unité organique du mouvement syndical en fondant la Confédération Générale du Travail, proclament son indépendance :  » … La C.G.T. groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.  » (Article 2 des Statuts.)

Mais voilà que ce principe de l’autonomie syndicale, vis- à-vis des formations politiques, risque d’être remis en cause lorsque, en 1905, se produit un événement d’importance : l’unification des diverses tendances socialistes. Au sein du nouveau Parti Socialiste et autour d’hommes comme Jaurès, Guesde, Vaillant, se retrouve la masse des travailleurs politiquement organisés. Comment va désormais se situer le syndicalisme ? Cette unification des tendances diverses du socialisme ne mérite-t-elle pas une révision des rapports entre le mouvement syndical et l’organisation politique ? Ce qui apparaissait impossible avec un socialisme divisé ne devient-il pas possible avec un socialisme unifié ?… Et même, à l’instar de ce qui existe dans d’autres pays, une liaison organique ne peut-elle être envisagée ? Dans des débats d’une grande ampleur, les différentes thèses vont s’affronter au Congrès d’Amiens (8-14 octobre 1906). Finalement, sur la proposition de Victor Griffuelhes, Secrétaire de la C.G.T., le Congrès adopte par 830 voix contre 8 et 1 abstention un texte qui, depuis, sera souvent évoqué comme doctrine syndicale, en opposition avec la théorie de Jules Guesde du syndicat courroie de transmission de l’action politique. Lénine ne fera que reprendre et développer cette thèse guesdiste qui restera dans l’histoire du mouvement syndical, la cause essentielle des scissions.

Le texte des congressistes en 1906, couramment appelé Charte d’Amiens, confirme la déclaration de l’Article 2 des Statuts constitutifs de la Confédération Générale du Travail.

CHARTE d’AMIENS

 » … Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classes qui oppose, sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression tant matérielles que morales, mises en oeuvres par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise sur les points suivants cette affirmation théorique : Dans I’œuvre revendicatrice quotidienne, le syndicalisme poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de I’œuvre du syndicalisme ; il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation des salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat ;

Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le congrès affirme l’entière liberté, pour le syndiqué, de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors ;

En ce qui concerne les organisations, le congrès décide qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale « .

Survivant à toutes les polémiques, la Charte d’Amiens devait être le ciment de l’unité syndicale jusqu’au lendemain de la première guerre mondiale.

 

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